II. Solutions Giardiose : les traitements naturels, médicamenteux et la prévention
1. Hygiène :
Le premier réflexe à avoir pour endiguer l’infection et la transmission intra ou inter espèce est de procéder à un traitement hygiénique. Ce dernier est primordial pour réduire la pression parasitaire et pour éviter une recontamination du chien après traitement. Sans mesures hygiéniques, la recontamination de l’animal est très rapide, vu le cycle de reproduction court des Giardias et les moyens de contamination énoncés plus tôt (Partie I. 3).
Le protocole hygiénique à mettre en place inclut le lavage du chien infecté et des congénères en contact. Ce lavage est crucial pour éviter les re-contaminations, puisque le chien, en se léchant pour faire sa toilette, dissémine les kystes de G. duodenalis sur son pelage. Une étude montre qu’un shampooing classique pour chien est efficace, surtout grâce à l’action mécanique du lavage qui permet l’élimination des kystes du pelage de l’animal. Il peut être préconisé de préférer l’utilisation d’un shampooing à base de chlorhexidine, bien que la chlorhexidine n’ait pas d’action giardicide démontrée. Enfin, le propriétaire devra notamment insister sur le lavage de la zone périanale.
Le lavage du chien doit être effectué au milieu de la période de traitement. En effet, au début du traitement, le chien excrète toujours des kystes dans ses selles, une recontamination du pelage est donc possible. De même, laver le chien à la fin du traitement n’est pas plus intéressant; en effet, en se léchant au cours du traitement, il va ingérer des kystes infectants qui n'auront donc pas été soumis au traitement.

Le protocole hygiénique inclut également la désinfection de l’environnement du chien infecté ainsi que le ramassage systématique des selles du chien infecté. Tout ceci va permettre d’éviter les re-contaminations du chien après le traitement médical. Les sols et tous les objets en contact avec le chien (gamelles, jouets, paniers, laisse et harnais) doivent être lavés et désinfectés puisque les kystes de G. duodenalis sont très résistants dans l’environnement.
Les méthodes désinfectantes reconnues usuellement efficaces contre les kystes de G. duodenalis sont les ammoniums quaternaires (comme le chlorure de didécyl-diméthyl-ammonium ou le chlorure de benzalkonium avec un temps de contact d’au moins 1 minute), la vapeur et l’eau bouillante. Il faut ensuite laisser sécher les locaux pendant 48 h avant de réintroduire des animaux (Source: Secrétariat Comité Scientifique Européen d'études des Parasites des Animaux de Compagnie).Les textiles doivent être lavés de préférence à 60°C ou plus, sinon mis en contact avec des solutions d’ammoniums quaternaires conçues pour les textiles.Enfin, le ramassage des selles dans l’environnement doit être systématique afin d’éviter la recontamination de l’environnement.
Le protocole de désinfection ressemble à des mesures de biosécurité. En effet, pour se montrer le plus efficace possible il doit comporter des mesures hygiéniques drastiques, y compris la désinfection des chaussures et des vêtements des humains en contact avec le chien.Enfin, contrairement aux attentes, il n’est pas nécessaire de confiner le chien : le chien peut sortir à l’extérieur régulièrement (Kaufmann, 2020).
2. Traitements médicamenteux :
Il y a un protocole précis qui permet de guider la prise de décision et de faciliter la prise en charge du ou des chiens infectés (voir Figure 2).
Un traitement spécifique est indiqué pour les animaux testés positifs pour Giardia et présentant des signes cliniques.Lorsque la présence de G. duodenalis a été mise en évidence chez un animal asymptomatique, un traitement n’est pas conseillé car on considère qu’il s’agit généralement d’une infection transitoire et peu importante. Le traitement devra cependant être mis en place sur tous les animaux positifs dans le cadre d’un programme global de contrôle de G. duodenalis dans les élevages ou les chenils. Le traitement est toujours médicamenteux. Le métronidazole et le fenbendazole sont efficaces contre Giardia chez les animaux. Seul le métronidazole possède une AMM pour le traitement de la giardiose chez le chien et le chat en France. Cependant, des effets secondaires neurologiques dus au métronidazole peuvent se produire, en particulier chez les chats de faible poids et les chatons. En cas de contre-indication de cette molécule, il est donc possible d’utiliser le fenbendazole ou fébantel.
Des restrictions s’appliquent pour les 3 molécules actives et les fiches techniques doivent être lues attentivement, en particulier si le produit est administré à des animaux en lactation. Le fébantel n’est disponible qu’associé à d’autres antiparasitaires et, par conséquent, les autres molécules sont utilisées sans indication (si la giardiose est la seule raison du traitement).
En résumé, le seul traitement disposant d’une AMM en France est le métronidazole (25 mg/kg deux fois par jour pendant 5 à 7 j). En cas de contre-indication, le fenbendazole (50 mg/kg/j) est recommandé, pendant 3 à 5 jours.Pour les animaux cliniquement atteints,il est conseillé en complément de laver le périnée et l’arrière-train avec un shampooing à la chlorhexidine pour éliminer les kystes.
(Source: Secrétariat Comité Scientifique Européen d'études des Parasites des Animaux de Compagnie).
3. Les solutions alternatives de prévention contre la giardiose
i. Régime alimentaire
Un régime alimentaire hautement digestible peut contribuer à réduire la diarrhée pendant le traitement. Le régime alimentaire doit également être pauvre en glucides et riche en protéines pour inhiber la croissance et la réplication excessive de G. duodenalis et des bactéries de type Clostridium (Source : Secrétariat Comité Scientifique Européen d'études des Parasites des Animaux de Compagnie).
Certaines publications recommandent un aliment pauvre en fibres et en glucides, riche en protéines, pour prévenir le développement et la prolifération rapides de Giardia et Clostridium spp. De bons résultats sont cependant parfois observés avec un aliment plus riche en fibres et moins digestible. Le changement de substrat, l’immunité de l’hôte et l’effet d’un éventuel traitement concourent à ralentir la croissance des Giardia de sorte que l’équilibre immunitaire peut s’inverser et que l’hôte arrive in fine à contrôler l’infection (Source : Nijsse, Overgaauw, 2023).
Il n’y a pas de consensus sur l’alimentation, dans tous les cas, l’alimentation LAPSA est très digestible, elle a une teneur équilibrée en glucides et est plutôt riche en fibres prébiotiques et en probiotiques pour aider et soutenir la digestion et la flore intestinale.

ii. Probiotiques
Une nouvelle approche dans la prévention et le traitement de la giardiose canine peut venir de la maîtrise de la flore intestinale.
En effet, la flore intestinale joue un rôle fondamental dans la protection de la colonisation intestinale par des parasites comme G. duodenalis, grâce à plusieurs mécanismes : compétition pour les ressources et les sites de fixation, toxicité directe, induction du système immunitaire inné…
Une étude illustre le rôle que joue le microbiote contre G. duodenalis. L’étude commence avec deux lignées de souris génétiquement identiques, seule la provenance, et donc le microbiote, diffère. Une lignée semble naturellement sensible à G. duodenalis tandis que l’autre lignée est naturellement moins sensible. Après mélange de souris des deux lignées pendant 14 jours, toutes les souris deviennent naturellement résistantes à l’infection. Ces souris sont ensuite traitées avec de la néomycine (aminoside large spectre tuant le microbiote) : toutes les souris deviennent alors sensibles à G. duodenalis. Cette étude démontre ainsi l’importance de la flore intestinale dans la résistance à l’infection à G. duodenalis (Garnodier, 2024).
Les probiotiques sont définis par la FAO (Food and Agriculture Organization) comme étant « des micro-organismes vivants qui, administrés en quantité suffisante, exercent un effet bénéfique sur la santé de l’hôte ». Enterococcus faecium SF68 (souche NCIMB 10415) a montré son intérêt chez le chien en maintenant la diversité du microbiote fécal et en ayant une activité immuno-modulatrice.
L’ensemble des croquettes LAPSA sont complémentées avec le stabilisateur de flore intestinale et probiotique : Enterococcus faecium, à hauteur de 10^9 UFC.
En prévention, l’administration de Enterococcus faecium SF68 chez la souris avant l’infection par G. duodenalis permet d’augmenter significativement la production d’IgA anti-Giardia dans le tractus digestif et la production d’IgG plasmatique. La conséquence de ces résultats est qu’il y a de manière significative moins de trophozoïtes vivants dans le tractus digestif et que l’excrétion de kystes de G. duodenalis est diminuée, en comparaison aux souris non soumises aux probiotiques. Cet effet protecteur en prévention contre G. duodenalis est également retrouvé avec d’autres probiotiques comme les Lactobacillus rhamnosus ou les Lactobacillus casei.
LAPSA propose également un aliment complémentaire à base de Lactobacillus : LAPSA DIGESTION.

L’Enterococcus faecium SF68 ne semble toutefois pas être efficace dans le traitement d’une giardiose chronique chez le chien, même après 6 semaines de cure.
On peut imaginer compléter le traitement médicamenteux par ces compléments en probiotiques afin de soutenir la flore intestinale.
iii. Vaccination
En Amérique, un vaccin anti-Giardia a été développé au début des années 2000. Les premières études montraient que les chiens vaccinés puis infectés présentaient une giardiose moins sévère, excrètent moins longtemps et avaient une réponse immunitaire plus forte. Pour l’instant, ce vaccin n’est plus utilisé car trop coûteux et pas assez efficace, en effet, il ne couvre pas toutes les souches existantes (Source Kaufmann, 2020)